Sein ou biberon, comment choisir ? Question de santé, d’envie… mais aussi d’information et de soutien. Allaiter, c’est en tout cas une aventure qui vaut la peine d’être tentée.
En France, seulement la moitié des enfants sont allaités à leur sortie de la maternité. C’est très peu par rapport aux 95 % constatés en Finlande et en Norvège, aux 90 % en Suède et au Danemark, aux 85 % en Allemagne, aux 75 % en Italie et aux 70 % au Royaume-Uni. Alors que le Programme national nutrition santé (PNNS) du ministère de la Santé(1) recommande l’allaitement maternel, beaucoup de jeunes mamans n’osent pas encore se lancer dans cette aventure, faute d’information suffisante et du soutien nécessaire.
Riche en anticorps, le lait maternel protège le bébé contre les allergies, les infections gastro-intestinales, les infections ORL et respiratoires. « Et la liste des bienfaits s'allonge chaque année, indique Claude DidierJean, rédactrice en chef du magazine Allaiter aujourd'hui(2). En 2005, une étude allemande a révélé que chaque mois d'allaitement réduisait le risque d'obésité de 4 %. En 2004, des chercheurs américains ont prouvé qu'allaiter la première année de vie de l'enfant réduit de 20 % le risque de mort subite du nourrisson. »
Et cela jouerait aussi sur son Q.I. ! « En 2002, rappelle Claude DidierJean, des chercheurs danois ont montré, sur plus de 3 000 adultes, une relation entre leur quotient intellectuel et l'allaitement au sein dont ils avaient bénéficié.» La maman y gagne aussi : l'allaitement réduit les risques de cancers hormono-dépendants (sein, ovaires, utérus) et des chercheurs de l'université de Boston viennent de mettre en évidence son rôle préventif sur le diabète insulino-dépendant.
Des bienfaits psychologiques et affectifs
Les bienfaits sont psychologiques et affectifs, souligne le Dr Edwige Antier, pédiatre(3) : « Pour moi, le principal bénéfice de l'allaitement réside dans le bien-être psychique qu'il procure à l'enfant. Allaiter demande à la mère de s'ajuster au plus près des besoins de son bébé, d'y répondre de façon instinctive et naturelle. Il en découle ainsi un lien plus fort qui construit la confiance en soi de l'enfant et de la mère. » Sur un plan pratique, l'allaitement a l'avantage de fournir un aliment stérile, prêt à l'emploi à tout moment, et gratuit !
Sein ou biberon ? C’est à la mère de choisir selon des critères qu’elle définit elle-même. Céline, 37 ans, raconte : « Je n'ai pas eu envie d'allaiter mon fils Thomas. Mon mari ne le souhaitait pas vraiment, j'avais un peu peur de ce contact que je trouvais trop intime... Je ne me voyais pas non plus donner le sein devant des tiers, question de pudeur... »
Selon l’association La Leche League, le manque d'information sur le sujet, l'absence de soutien du personnel des maternités sont les principaux freins à l'allaitement. « Les premières semaines sont difficiles, surtout avec un premier bébé », reconnaît Marie-Laure, 42 ans, qui a allaité avec bonheur ses trois enfants. A la maison, on est seule face à une quantité de questions : mon bébé a-t-il suffisamment mangé ? Est-ce que j'ai assez de lait ? Moi qui n'avais jamais vu de femme donner le sein, j’ai dû tout apprendre, surtout à me faire confiance. »
« Attendez que votre bébé soit né »
Pour passer le cap des premières semaines et remédier aux éventuels problèmes – irritations, engorgements, crevasses –, il est bon de pouvoir compter sur la sage-femme qui vient rendre visite à domicile en suites de couches. Une association comme La Leche League peut aussi apporter informations et soutien.
A l’heure du choix, de nombreuses futures mamans hésitent, stressées à l’idée de devoir allaiter alors qu'elles ne sont pas sûres d’en avoir envie... Pour aborder la question avec naturel, le Dr Edwige Antier conseille de ne pas se précipiter : « Attendez que votre bébé soit né, qu'il soit contre vous, pour vous décider. Ce contact peut changer beaucoup de choses... Vous avez 24 heures après la naissance pour mettre votre bébé au sein. Et dites-vous aussi que chacune est libre d'essayer, quitte à changer d'avis ensuite ! Vous pouvez allaiter au sein pour une courte période ou continuer jusqu'à 6 mois. Dans tous les cas, cela aura été bénéfique. »
Nathalie Chahine
(1) www.sante.gouv.fr (2) auteur de Allaiter, c'est bon pour la santé (éditions Jouvence, 2005, 95 pages, 4,90 euros)
(3) auteur de Mon bébé mange bien (éditions Jacob-Duvernet, 2006, 128 pages, 9 euros)
Combien de temps allaiter? L'Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé (Anaes) recommande aujourd'hui une alimentation exclusive au sein durant six mois. L'action bénéfique du lait maternel est en effet « dose-dépendant » : plus on allaite longtemps, mieux c'est pour bébé ! L'idéal serait de passer directement du lait maternel à l'alimentation solide et diversifiée, progressivement après 6 mois. En pratique, comment faire quand le congé maternité cesse au troisième mois de l'enfant ? « Il est toujours possible de donner la tétée matin et soir, voire aussi le midi si le lieu de travail n'est pas loin de la crèche ou de la nourrice. Ce lien permet à la mère comme à l'enfant d'atténuer le stress de la séparation », indique le Dr Antier.
N. C.
• Pour en savoir + consulter le site Internet de La Leche League, association internationale d'information sur l'allaitement : www.lllfrance.org ou appeler le 01 39 58 45 84 (numéro national) ; consulter le site Internet de la Coordination française pour l’allaitement maternel (Cofam) :www.coordination-allaitement.org ;
télécharger le flash santé de la Mutualité françaiseMieux vivre l’allaitement sur le site www.mutualite.fr